Quand on se plonge dans la littérature du XVIe et du XVIIe siècle, il semble que l'Europe ait été véritablement en proie à une vaste épidémie de vampirisme.

Dans sa très influente "Dissertatio Historico Philosophica de masticatione mortuorum" (Dissertation historique et philosofique sur la mastication des morts) (1679), l'auteur germanique Philip Rohr soutient la thèse qu'il existe une explication satanique au phènomène : "la cause principale en est le Diable lui-même... C'est le plus ingénieux des ennemis, un démon qui attend chaque occasion pour blesser et faire du mal aux pauvres mortels."

A partir de ce moment, le vampirisme sembla se répandre telle une marée noire sur toute l'Europe.

Les cadavres suspects étaient exhumés à un rythme alarmant et chaque fois, ou presque, ils offraient les symptômes classiques du vampirisme : teint vermeil, corps replet avec la peau tendu comme un tambour, sang frais dégoulinant de la commissure des lèvres et grognements de monstre en train de digérer son sanglant festin.
Quand on leur enfonçait un pieu en plein coeur, ils se mettaient à hurler, régurgitant le sang de leurs victimes à gros bouillons.
Ne possédant que de vagues connaissances médicales quant au déroulement de la décomposition des cadavres, comment nos ancêtres auraient-ils pu décrire autrement leurs macabres découvertes ?

Tous les malheureux fauchés par de mystérieuses fièvre étaient suspectés de vampirisme et immédiatement déterrés : s'ils montraient quelque su*igne d'une affliction satanique, leur corps était mutilé et empalé.
évidement, ceux qui maniaient les pieux et entraient en contact avec les dépouilles -ainsi que la foule des badauds, qui invariablement s'amassait pour assister à la scène - étaient bientôt infectés à leur tour.

Une effroyable contamination pouvait ainsi facilement se propager et, par ignorance, on se contentait d'accuser le Diable et ses suppôts.
Plus on exhumait de morts, plus on trouvait de "vampires", et plus on comptait de villages décimés pas les épidémies.

Peter Plogojowitz
Cette histoire est parue dans les très respectables "Lettres juives"(1729) du marquis d'Argens.

En 1725, un paysan serbe du nom de Peter Plogojowitz mourut à l'âge de soixante-deux ans et ressortit de sa tombe trois jours plus tard.
A minuit, il rendit visite à son fils pour lui demander à manger et se vit aussitôt offrir un bon repas.
Il revint deux nuits plus tard, mais cette fois le fils refusa de le nourrir.
Le lendemain, on retrouva ce dernier mort, et des villageois se plaigirent d'avoir été tourmentés par Plogojowitz dans leurs rêves.
S'ensuivirent une léthargie et une anémie générale et, en à peine une semaine, neuf autres personnes étaient décédées.

Plogojowitz était de toute évidence un vampire qu'il fallait détruire.
On exhuma le corps, l'on trouva vermeil et rebondi. Du sang s'écoulait de la bouche, et les ongles et les cheveux avaient continué de pousser.
Quant on transperça le coeur d'un pieu, la tombe se remplit de sang.
On éleva alors un bûcher, sur lequel Plogojowitz fut réduit en cendres.
Puis ses victimes furent réinhumées, avec, comme protection, de l'aubépine et de l'ail.
A la suite de cela, les attaques nocturnes cessèrent.