Au passage de l'an mille, une véritable épidémie de vampirisme frappa tout le monde connu et cette époque devint, pour l'Europe féodale, celle de "l'antéchrist".
De fait, Nostradamus dans sa fameuse épître au roi Henri II annonce la venue d'un "empire de l'antéchrist", qualifiant même les papes d'agents à la solde du diable.
Si l'on en croit les récits des chroniqueurs médiévaux, l'antéchrist était déjà, à l'époque, en train de conquérir le monde en réactivant les morts pour accomplir ses funestes desseins.

Guillaume Newburgh, auteur au XIIe siècle d'une historia rerum anglicarum ("histoire des anglais"), évoque "certains prodiges".

Il ne sera pas facile de croire que des cadavres puissent resurgir de la tombe (j'ignore par quels moyens) et errer en semant la terreur et la destruction parmi les vivants... Quelques exemples suffiront pourtant à établir les faits dont la véracité est attesté par de nombreux témoins.

Newburgh rapporte l'histoire, parmi d'autres, d'un aumônier "manifestant peu de respect pour son ordre sacré".
A son décès, le clerc apostat sortit de sa sépulture pour terroriser sa maîtresse, qui, de son côté, demanda protection auprès de deux prêtres.
Le revenant, traqué jusque dans sa tombe, reçut des coups de hache (ce qui eut peu d'effets sur lui, en dehors de larges trous béants dans le torse), puis fut réduit en cendres.
Au cours des siècles suivants, d'innombrables cas similaires furent rapportés d'un bout à l'autre de l'Europe, qui presque tous s'attachaient à la classe paysanne.
Les comptes rendus étaient si étonnamment ressemblants qu'une seule conclusion s'imposait : le cadavre sanguisugus était bel et bien présent.
On peut spéculer sur le fait que si ces "cadavres suceurs de sang" avaient davantage sévi parmi les classes aisées, des efforts plus importants eussent été faits pour empêcher qu'une telle pestilence se répande dans l'Europe médiévale.

noblesse et sauvagerie
Gilles de Raie, noble du XVe siècle, ancien compagnon de Jeanne d'arc, s'adonna avec délectations à des actes de sauvagerie sadique, de cruauté sexuelle et de cannibalisme qui lui valurent la réputation d'un vampire assoiffé de sang.
Versé dans les pratique de magie noir, il fut accusé d'avoir "invoqué et conjuré les esprits maléfiques" pour qu'il l'aident à tuer plus de 800 personnes, pour la plupart des enfants.
Il fut finalement emprisonné en 1440 et condamné au bûcher.
Même s'il n'était pas un revenant au sens propre, de raie demeure une figure célèbre sur la longue liste des grands seigneurs convaincus de vampirisme; peut-être même est-il à l'origine de l'image toujours actuelle du vampire aristocratique et séduisant.